Qui écrit ici ?

Personne, à vrai dire. Ou plutôt : quelqu'un qui n'a aucune raison particulière d'écrire sur tout ça.

Je ne suis ni juif, ni israélien, ni palestinien, ni arabe. Je n'ai, comme on dit, aucun skin in the game. Je suis européen, et j'ai passé à peu près vingt-cinq ans les yeux rivés sur un clavier, à ne pas regarder grand-chose d'autre. J'avoue aussi, sans fierté, avoir été un fameux cancre à l'école, sans doute trop occupé à regarder par la fenêtre le jour où l'on a abordé les sujets dont je parle ici.

Et puis il y a eu le 7 octobre 2023.

Je me suis réveillé tôt, j'ai ouvert mon téléphone, et j'ai regardé, des heures durant, des images que je ne parvenais pas à faire coïncider avec les réactions des gens autour de moi. Là où je voyais quelque chose d'atroce, beaucoup voyaient autre chose, ou ne voyaient rien. Je me suis dit : j'ai forcément raté une information cruciale. Alors je me suis mis à lire.

Ce blog est né de cette lecture, et surtout de ce qu'elle m'a fait à moi.

Une méthode plutôt qu'une opinion

J'ai essayé de lire le plus large possible : des points de vue israéliens, palestiniens, anglais, sionistes, antisionistes, asionistes, et à des époques différentes, parce qu'un livre de 1980 ne ment pas de la même manière qu'un post de 2025. J'ai surtout essayé d'éviter le piège du camp : voir le monde en pro-X et donc forcément anti-Y, comme un match de football. Sans connaissances et sans skin in the game, prendre parti m'aurait semblé un peu idiot.

Ce que j'ai fini par découvrir, ce n'est pas un camp. C'est un mécanisme. La haine entre humains repose presque toujours sur une idée de l'autre fabriquée à partir de rien : la « culture de la rumeur ». Et les versions simples, celles qui tiennent sur un slogan ou sur un drapeau, omettent presque toujours quelque chose, et presque toujours dans le même sens.

Alors je me suis donné quelques règles, que ce blog s'efforce de tenir :

  • Calibrer. Distinguer ce qui est documenté de ce qui ressemble à, et le dire dans le texte. Un honnête « ceci est une ressemblance, pas une preuve » est plus solide qu'une affirmation exagérée.
  • Garder la frontière. Critiquer la politique d'un gouvernement (y compris celui d'Israël) n'est pas de la haine. Et l'inverse non plus. Les deux ne doivent jamais être confondus.
  • Pas de culpabilité collective. Documenter ce que telle personne, tel texte, telle institution a dit, daté et nommé. Jamais généraliser à un peuple entier, qu'il soit arabe, musulman, juif ou palestinien.
  • Rendre à César. Concéder d'abord ce que l'autre bord dit de juste, franchement, avant de le contredire.
  • Remettre le tiers manquant. Restaurer ce qu'on a retiré de l'histoire pour la faire tenir sur un slogan, y compris quand ça dérange mon propre argument. Le gris, ce n'est pas « le milieu » : c'est le refus de faire entrer une réalité compliquée dans un slogan.
  • Montrer les tickets de caisse. Citations verbatim, sources vérifiables, numéros de page. Et signaler mes propres sources les plus faibles.

Pourquoi anonyme ?

Parce que je voudrais qu'on juge ce qui est écrit ici sur ses sources, et non sur qui l'écrit. Je n'ai aucune autorité à faire valoir : ni titre, ni origine, ni tribu. Juste des lectures, des notes, et l'obstination d'un ancien cancre qui a fini par relever la tête de son clavier.

J'écris sous le nom de Léon M. Degrauwe. Ce n'est pas mon nom. Le reste est vrai.